Petite dédicace à Lucyfer et Ori! Un petit texte que j'ai écrit
en première année de lettres avec quelques consignes...
« Je lis seulement des livres d’occasion. Je les pose contre la corbeille à pain, je tourne une page d’un doigt et elle reste immobile. Comme ça, je mâche
et je lis. La première fois que Lisa m’a vu, elle s’est demandée comment je pouvais parcourir ces lignes sans me livrer exclusivement à elles. Puis, elle a compris. Ne voyez-vous donc jamais ces
jeunes gens adossés contre un arbre lisant en attendant le bus ? Ou encore à la terrasse d’un café, un livre à la main, une tasse dans l’autre ? Il y a tellement d’univers à découvrir, de
personnages à rencontrer, d’histoires à terminer. Depuis que j’ai compris que je ne pourrai jamais tous les posséder ni même les effleurer, je parcours inlassablement les rayons des bibliothèques
à la recherche de ceux qui me feront frémir. Et qui sait, peut-être un jour me rencontrerai-je au travers de ces lignes ? Peut-être alors trouverai-je la fin de mon histoire…
La vérité est que ces livres, que ces coeurs fictifs qui battent à l’unisson me font vivre, survivre. Ils nourrissent mon envie de me battre. Tout comme Lisa ! Mes deux amours, mes deux passions,
jamais peut-être n’arrêteront-ils de se chamailler… Lisa cherche toujours à m’extirper de ces « vieux bouquins » comme elle dit mais au fond elle sait, tout comme eux… Et bien sûr ces derniers
m’appellent inlassablement pour toujours me garder près d’eux.
Maintenant j’ai tellement appris que je peux moi-même écrire mon histoire. Et si j’arrive à la fin ? Oui c’est ça, c’est bien ça, si j’écris la fin je vivrai…
C’est pourtant difficile de commencer une vie là où il n’y en a pas… Je suis un personnage non désiré, né d’un coup de crayon mal taillé, un nom laissé au hasard sur une feuille abandonnée, qui
s’est envolée. Je dois donc arriver à la fin d’une histoire qui n’a pas de début. Je dois vous faire part de mon roman préféré : Trois chevaux. J’aimerais y être personnage. J’aime
particulièrement cette phrase : « Que demande une femme magnifique à un jardinier de cinquante ans assis au fond d’un bistrot ? » Mon récit a le même goût… Un mélange d’inattendu, de contraste et
d’amour. En attendant je parle, je parle mais il ne faut pas que je perde mes forces, l’écriture est mon seul espoir.
Pour seule carte d’identité je n’ai qu’un prénom Eduardo aux étranges sonorités hispaniques, un prénom qui mélange les couleurs vives telles que l’orange, le jaune et le bleu. Pourtant mon
apparence est quelque peu différente, dessinée par les pensées de mon créateur. Ainsi comme me décrit Lisa, j’ai des yeux bleus dans lesquels on se perd, pas d’histoire. Des vêtements neutres ils
sont noirs ! Pas d’histoire… Un sentiment de flou, de néant, de gris dans lequel je tourbillonne… Pas d’histoire... Malgré l’arc en ciel qu’est Lisa avec ses pommettes roses, sa bouche rouge
cerise, ses yeux verts pétillants et sa robe aux couleurs estivales, je ne déteins pas, je reste sombre… Du gris, du noir ; du noir, du gris, pas d’histoire !
J’ai tenté de me glisser entre deux pages, entre deux personnages mais même si les livres m’apprécient, ils ne permettent pas que je chamboule leur équilibre. Alors, je cherche. Je cherche une
issue à cette vie sans autres couleurs que celles de l’extérieur.
Quelques jours de réflexion ont passé et déjà je me sens faiblir. Je me rends compte que je ne peux pas me créer d’histoire. Je ne peux être auteur, je ne suis que personnage. Malgré mes quelques
aventures, découvertes et rencontres, malgré les bibliothèques, les livres et ma Lisa, je ne peux recueillir ces souvenirs, mes souvenirs pour me créer une vie, ma vie.
Les lumières s’éteignent. Il fait sombre. Noir. Je meurs. Lisa, Lisa, tu m’entends ? S’il te plaît écris, écris-moi. Je veux une histoire, avec toi, ma Lisa !... »
Il ne voulait as être oublié, oublié par qui ? Par quoi ? Au fond on ne le connaissait pas, on ne peut se souvenir de ce qui n’existe pas. Pourtant moi si, je
l’ai rencontré par hasard cet étrange personnage. Il traînait ici et là, entre deux pages, intrigant, captivant, attachant. Un personnage, un coeur mais pas d’histoire.
Eduardo, Eduardo, tu m’entends ? S’il te plait reviens, reviens-moi. Je vais l’écrire ton histoire, avec moi, mon Eduardo !...
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